Jeudi 20 novembre 2025, Lazard Frères Gestion organisait pour ses clients privés un déjeuner en présence de Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance depuis 2013. Cet événement a été l’occasion de revenir sur deux thématiques lui tenant particulièrement à cœur : la trajectoire de la dette française, objet de son dernier ouvrage intitulé La Dette sociale de la France, sorti en octobre 2025, ainsi que la place des entrepreneurs dans le débat public.
Tribunes, interviews, émissions télévisées, conférences : ces derniers mois, Nicolas Dufourcq a multiplié les interventions pour alerter l’opinion sur la situation préoccupante des finances publiques.
Avec un déficit public de 176,3 milliards d’euros au cours des 9 premiers mois de 2025, la France dépassera inévitablement sur l’ensemble de l’année son déficit record de 2020, qui avait atteint 211,5 milliards d’euros. Face à de tels chiffres, le pic atteint en 2009 (143,8 milliards d’euros) semble presque anecdotique. Les déficits exceptionnels d’hier sont désormais devenus la norme, même si la France n’a plus de pandémie à combattre, ni de banques à sauver, ni de chômage de masse à juguler, ni de récession historique à surmonter.
Un endettement proche du crédit à la consommation
Cette situation pourrait presque se justifier si ces dépenses servaient à investir dans des infrastructures susceptibles d’être rentabilisées à long terme, ou dans un service public de qualité permettant à la France de se démarquer (niveau d’éducation, justice, sécurité, système de santé, etc). Mais pour Nicolas Dufourcq, tel n’est pas le cas. Et pour cause : « Deux tiers de la dette publique française financent des prestations sociales, à commencer par la retraite. « C’est du crédit conso, et non un investissement dans l’avenir » expliquait-il lors de son intervention.
En fonctionnant à crédit, l’Etat-providence français met également en péril la solidarité intergénérationnelle dont il devrait pourtant être le garant. D’autant plus qu’un euro dépensé aujourd’hui devra sans doute être remboursé deux ou trois fois par les générations futures par l’effet des intérêts composés.
« Cet endettement chronique constitue un danger majeur » résumait Nicolas Dufourcq, inquiet de constater que l’époque des états d’âme à l’idée d’« endetter la sécu » semble plus que jamais révolue. L’intervenant soulignait que le simple fait de proposer un gel des prestations d’une année sur l’autre fait de nos jours l’objet d’attaques politiques immédiates. Le choix de la facilité est dès lors de laisser les dépenses publiques augmenter chaque année, sans intervenir.
Par conséquent, la France est devenue depuis 2024 le pays de la zone euro au déficit le plus élevé en proportion du PIB. « La France est le dernier pays à ne pas avoir fait le job » pour s’attaquer à son déficit, soulignait Nicolas Dufourcq. « Les pays nordiques l’ont fait par eux-mêmes, d’autres pays l’ont fait sous la contrainte ». L’Italie, la Grèce, le Portugal et l’Espagne ont notamment fait des efforts considérables au cours des 15 dernières années. Aujourd’hui, ces pays bénéficient d’une amélioration de leur notation de crédit sur les marchés, tandis que la note de la France se dégrade.
Accepter certains efforts collectifs
Nicolas Dufourcq a particulièrement insisté sur l’exemple italien. En 2011, la loi « Salva Italia » a permis de réduire considérablement le déficit public en s’attaquant notamment au problème des retraites, désormais au cœur des débats en France. Un sujet abordé avec un franc-parler rompant avec les discours habituels.
« De nos jours, c’est tout pour les vieux, ou plutôt les faux vieux, qui prétendent être vieux à 60 ans ! » s’est exclamé l’intervenant, avant d’expliquer : « Il faut désormais accepter qu’entre 60 et 70 ans, on n’est pas vieux, on est expert ! On doit continuer de travailler, tant que la santé est bonne évidemment, et si on a la chance de ne pas effectuer un travail physiquement difficile comme les ouvriers en bâtiment par exemple. Mais aujourd’hui, 40% des personnes bénéficiant d’un départ anticipé à la retraite sont des cadres ». En cause : la généralisation de certains avantages sociaux pour faire accepter de précédentes réformes des retraites.
« Notre pays vit sa révolution de la longévité, donc il faut convaincre tout le monde que pour préserver le contrat social, les soins gratuits, l’éducation gratuite, les transports subventionnés et des retraites correctes, il faut avoir une approche « écologique » de l’Etat-providence impliquant d’accepter collectivement certains efforts » résumait l’intervenant.
Le sujet des retraites n’est pas le seul en question. « Il faut sortir de la mentalité du « j’ai cotisé, j’ai droit ! » » expliquait le président de Bpifrance en recourant à une analogie : « Ce n’est pas parce qu’on est assuré qu’il faut provoquer un accident chaque année ! ».
La voix des entrepreneurs doit se faire entendre
Pour Nicolas Dufourcq, les entrepreneurs ont un rôle-clé à jouer pour faire évoluer la situation. Ils sont en effet le moteur de l’économie, mais ce moteur est sursollicité car « le déficit va toujours plus vite que la capacité des entrepreneurs à créer de la valeur », soulignait-il.
Pour les dirigeants ou anciens dirigeants de sociétés – rappelons que Nicolas Dufourcq a occupé des fonctions de direction chez France Telecom (1994-2003) puis Capgemini (2003-2013) – cette situation est d’autant plus inquiétante qu’aucune entreprise ne pourrait se permettre un tel laisser-aller financier sans aller à la faillite.
D’où l’importance de faire émerger leur voix dans le débat public. « On n’arrivera pas à faire changer les choses tant que les entrepreneurs ne tiendront pas le haut du pavé » a tenu à souligner Nicolas Dufourcq. Mais le chemin à parcourir est encore long, tant il est rare d’assister à des débats politiques organisés en présence d’un chef d’entreprise.
Pour cette raison, « Une révolution culturelle fondamentale est nécessaire sur la conception qu’ont les entrepreneurs de leur devoir de participer au débat public. Ils sont trop discrets, alors qu’ils pourraient être des influenceurs. Il faut aller sur TikTok, il faut aller sur Instagram, pour parler aux jeunes » a affirmé le président de Bpifrance, qui publie lui-même régulièrement des contenus sur les réseaux sociaux pour faire part de ses idées.
Pour Nicolas Dufourcq, cette évolution doit aller de pair avec une réindustrialisation de la France. Un sujet fondamental à bien des égards, qu’il s’agisse d’éviter au pays d’être dépendant de ses importations, de résoudre une partie du déficit commercial, et plus généralement de soutenir la croissance. Un vaste sujet au cœur de son précédent ouvrage, La Désindustrialisation de la France : 1995-2015, sorti en 2022.
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L’opinion exprimée ci-dessus est datée du 20 janvier 2026 et est susceptible de changer.
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