La guerre en Iran est venue fragiliser une conjoncture et des marchés plutôt bien orientés en début d’année. Avec la fermeture du détroit d’Ormuz, le trafic maritime s’est retrouvé quasiment à l’arrêt en mars, provoquant d’importantes perturbations sur les flux énergétiques et une flambée des prix du pétrole et du gaz. Dans ce contexte, la plupart des actifs financiers se sont repliés, à l’exception du dollar.
La résilience de l’économie mondiale à l’épreuve du choc énergétique
Avant la flambée des cours de l’énergie, la croissance mondiale se montrait résiliente. L’économie américaine était portée par les investissements liés à l’intelligence artificielle, la zone euro par la reprise de sa demande intérieure, et l’économie chinoise par la vigueur de ses exportations. L’inflation était quasiment revenue à la normale en zone euro, alors qu’elle était encore assez élevée aux États-Unis. Les chiffres de mars, les premiers depuis le début de la guerre en Iran, montrent que le choc énergétique commence déjà à se faire sentir. Sans surprise, l’inflation a nettement rebondi pour s’établir à 3,3% aux États‑Unis et 2,5% en zone euro, essentiellement en raison de la hausse des prix des carburants. La confiance des ménages européens et japonais a décroché, tandis que le recul a été plus progressif aux États‑Unis. Les enquêtes auprès des entreprises ont également marqué le pas, sans pour autant indiquer de rupture.
Des marchés actions sous pression face à la guerre en Iran et les doutes liés à l’IA
Les actions avaient bien débuté l’année, malgré la montée des tensions géopolitiques (Venezuela, Groenland, Iran) et une correction des grandes capitalisations américaines, sur fond de remise en cause du narratif autour de l’IA. Les marchés ont ensuite décroché après le déclenchement de la guerre en Iran, le 28 février. Les indices américains ont mieux résisté, reflétant sans doute la plus grande autonomie énergétique de ce marché. Sur le trimestre, les actions japonaises se distinguent (+2,6% pour le TOPIX), aidées par la large victoire du parti de Sanae Takaichi aux élections législatives. À l’opposé, les actions américaines accusent la plus forte baisse (‑4,6% pour le S&P 500). Le secteur des logiciels a été particulièrement malmené avec un recul de 20%, les investisseurs redoutant que l’IA puisse remettre en cause les modèles traditionnels. Les indices européens reculent également (‑2,7% pour l’Euro Stoxx), tandis que la baisse des marchés émergents a été plus limitée (‑0,5% pour l’indice MSCI EM).
Volte-face sur les anticipations de politique monétaire
La flambée des prix de l’énergie s’est traduite par une révision à la hausse des anticipations de taux directeurs aux États‑Unis et en Europe, avec l’idée que le choc énergétique pourrait raviver l’inflation et limiter les marges de manœuvre des banques centrales. Pour la BCE, les anticipations de marché à la fin du premier trimestre indiquaient trois hausses du taux directeur sur le reste de l’année, contre 50% de chance d’une baisse avant le conflit. Aux États‑Unis, les deux à trois baisses anticipées en début d’année ont été intégralement remises en cause. Dans ce contexte, les taux d’intérêt ont progressé, entraînant un repli des marchés obligataires européens au cours du trimestre.
Rebond partiel du dollar
Après avoir nettement reculé l’an dernier, le dollar américain s’est redressé au premier trimestre, en ligne avec son statut de valeur refuge et sa corrélation positive avec les prix du pétrole sur les dernières années. Le rebond est toutefois resté limité, avec une progression moyenne de +1,7% face aux devises de ses principaux partenaires commerciaux. Cela témoigne du maintien d’une prime de risque sur la devise, dans un contexte marqué par la dégradation des grands équilibres macroéconomiques, une valorisation toujours élevée contre l’euro, et un affaiblissement de la confiance à l’égard des institutions.
Choc énergétique : quelles conséquences pour l’économie et les marchés ?
La fermeture quasi‑totale du détroit d’Ormuz, par lequel transite en temps normal près de 20% du pétrole et du GNL mondiaux, a provoqué une envolée des prix de l’énergie : entre le début du conflit et la fin du premier trimestre, le Brent et le gaz naturel européen ont progressé d’environ 60% et le gaz naturel asiatique de près de 90%. L’impact économique dépendra surtout de la durée du choc : une normalisation rapide des flux énergétiques se traduirait par un ralentissement modéré de la croissance et une poussée inflationniste temporaire, alors que des perturbations prolongées renforceraient la probabilité d’un scénario stagflationniste. Le contexte impose la vigilance, sans pour autant céder à des ajustements d’allocation précipités, la désescalade restant possible. Face à l’incertitude, un positionnement proche des niveaux d’équilibre sur les marchés actions et une surexposition aux marchés obligataires nous semblent justifiés. Jusqu’à présent, les marchés de taux se sont surtout focalisés sur le risque inflationniste, gardant en tête les événements de 2022. Le contexte nous paraît toutefois différent aujourd’hui, et les risques sur la croissance sous‑estimés.
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Voir aussi : Point conjoncturel – Avril 2026
L’opinion exprimée ci-dessus est datée du 27 avril 2026 et est susceptible de changer.
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