ÉCONOMIE | Lettre de la Gestion Privée | 3ème trimestre 2026

Malgré la recrudescence du conflit en Iran au début du mois de juillet, les économies font preuve de résilience et les marchés actions restent bien orientés. Les investisseurs continuent de privilégier un scénario de ralentissement maîtrisé de l’économie mondiale, soutenu par la dynamique de l’investissement dans l’IA et par l’anticipation d’une forte croissance des bénéfices. La vigilance reste néanmoins de mise.

Conflit au Moyen-Orient : un risque persistant

Après trois mois de guerre, l’issue du conflit entre Iran, Israël et États-Unis et ses répercussions sur les marchés de l’énergie restent incertaines. Les échanges de tirs à partir de la fin juin hypothèquent avancées diplomatiques et rétablissement du trafic pétrolier et gazier, dans un contexte où les stocks mondiaux sont désormais bas. Les variations extrêmes des prix du pétrole entre 70 et 120$/baril rendent particulièrement incertaine l’estimation d’un prix d’équilibre à moyen terme. Le contrecoup sur l’inflation et la volte-face des banques centrales, plus ou moins promptes à annoncer un retour des hausses de taux selon les régions, demeurent des sujets de préoccupations.

Une économie mondiale résiliente

L’économie mondiale résiste mieux que prévu dans ce contexte, mais la poursuite de cette dynamique dépendra de la disponibilité et des prix du pétrole.

Aux États-Unis, le choc d’inflation n’a pas fait basculer l’activité. Le marché de l’emploi ralentit depuis mars sans provoquer de licenciements. Plutôt que de rogner sur leur train de vie à cause de l’inflation, les ménages continuent de consommer, tirant sur leur épargne ou ayant recours au crédit, faisant mentir les enquêtes de sentiment qui restent déprimées. L’investissement dans l’intelligence artificielle (data centers, matériel informatique) reste un moteur de croissance, au point de creuser le déficit commercial du pays. Cela compense la faiblesse de l’immobilier et de l’investissement dans des secteurs plus traditionnels.

En zone euro, la consommation résiste en France comme en Allemagne, le crédit aux entreprises demeure vigoureux et les enquêtes (PMI de juin) augurent d’une croissance économique toujours positive. Les intentions de recrutements se replient, mais le taux de chômage ne remonte pas. L’Allemagne a par ailleurs lancé un programme de réformes (retraites, fiscalité, marché du travail) dont les effets sur la confiance pourraient s’avérer significatifs. La Chine affiche un tableau moins harmonieux, tout en maintenant une solide croissance de 4,5%. Le Japon reste également sur une bonne dynamique d’activité.

Fed : un nouveau Président dépendant des données

Le repli du pétrole, une inflation sous-jacente moins forte que redouté (+2,4 % en juin en zone euro, +2,6 % aux États-Unis) et la hausse préventive de +0,25 % des taux directeurs de la BCE ont assagi les attentes des investisseurs. Au plus fort du conflit, ces derniers postulaient jusqu’à trois hausses en zone euro et au moins une aux États-Unis, une volte-face par rapport au consensus accommodant de début d’année. Aujourd’hui, malgré le retour des combats dans le détroit, les marchés continuent de considérer que le pic d’inflation a été atteint au deuxième trimestre, mais l’incertitude s’accroît.

Kevin Warsh, qui a tenu son premier rendez-vous avec les marchés en juin, a refusé de se livrer au jeu de la « forward guidance », prônant sans expressément la nommer une posture de « dépendance aux données ». À ce titre, il a lancé plusieurs groupes de travail, notamment pour améliorer la collecte des données d’inflation. Le nouveau Président de la Fed devra composer avec une économie américaine hétérogène : consommation tirée par les ménages les plus aisés, conditions financières bridant le financement immobilier des classes moyennes, ralentissement des créations d’emplois, fort dynamisme de l’investissement en actifs financiers… autant de contradictions qui pourraient contrarier l’orthodoxie des politiques monétaires (taux, bilan) défendue jusqu’à présent.

Un niveau de croissance des bénéfices sans précédent depuis le Covid

Les marchés ont connu un premier semestre en deux temps. La guerre en Iran a d’abord provoqué de forts replis des marchés actions et obligataires. La résolution partielle du conflit, combinée à des révisions de bénéfices très fortes, a ensuite permis aux actions mondiales d’établir de nouveaux records historiques dès le mois de mai. Les marchés émergents, notamment la Corée du Sud (où SK Hynix s’impose comme fournisseur incontournable des mémoires HBM pour l’IA) affichent les révisions les plus spectaculaires.

Globalement, les analystes tablent sur un niveau de hausse du bénéfice par action des entreprises mondiales de +28% pour les douze prochains mois sur le MSCI World All Country. Ce niveau est équivalent à celui de la sortie de Covid, alors que la croissance économique attendue sur les trois prochaines années est plus faible que la moyenne des cinq dernières années. Les marchés actions restent ainsi portés par la croissance explosive des bénéfices des grandes entreprises mondiales exposées au cycle de l’IA, même si la soutenabilité de cette dynamique interroge. La cotation de SpaceX aux États-Unis illustre la capacité des investisseurs à valoriser très chèrement les opportunités très lointaines, voire absconses, de croissance. En cas de déception sur le rendement des capitaux records investis, le risque d’ajustement est majeur. Dès la fin du semestre, les premiers signes de réallocation apparaissaient, les valeurs liées à l’IA (qui avaient porté la hausse des marchés) amorçant un recul depuis leurs derniers sommets.

Les marchés financiers continuent de voir le verre à moitié plein, ce qui se traduit par des valorisations supérieures à la normale sur les actions.

De bonnes surprises géopolitiques et économiques sont à présent indispensables pour valider ces hypothèses ou motiver de nouvelles révisions à la hausse des bénéfices. La balance est légèrement déséquilibrée et penche davantage du côté des risques que des opportunités, tant que le conflit n’est pas définitivement réglé. L’univers obligataire offre quant à lui des rendements qui traduisent des anticipations de croissance et d’inflation élevées : cette rémunération nous semble attractive et les obligations pourraient protéger les portefeuilles en cas de doute sur l’économie ou l’IA.

Graphique : les stocks de pétrole brut américain au plus bas depuis le début du siècle

L’industrie pétrolière américaine tourne à pleine capacité, mais le niveau des stocks (au plus bas depuis le début des années 2000) indique qu’elle ne parvient pas à satisfaire à la fois la demande de raffinage domestique et l’explosion des exportations vers l’Asie, où brut et produits se négocient avec une prime liée au choc d’offre du détroit d’Ormuz (représentant 20% du commerce pétrolier maritime mondial, dont 84% vers l’Asie). Face à la fermeture du détroit, le marché puise d’abord dans les stocks physiques, plutôt que de s’équilibrer avec une baisse de la demande liée à la hausse des prix. Les stocks resteront donc un important indicateur à surveiller au cours du trimestre à venir.

Lazard Frères Gestion – Lettre Gestion Privée 2026

 

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Voir aussi : Point conjoncturel – Avril 2026

L’opinion exprimée ci-dessus est datée du 27 avril 2026 et est susceptible de changer.

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