Fondation : une robe de collection restaurée par une étudiante de l’INP

À l’occasion de sa cinquième année d’études à l’Institut National du Patrimoine, Mylène Ducharme a réalisé la restauration d’une robe de mariée conçue par Madame Grès. Retour sur ce projet de préservation du patrimoine textile, porté par une étudiante soutenue par la Fondation Lazard Frères Gestion – Institut de France.

Quelles raisons vous ont amenée à choisir cette oeuvre pour projet de restauration à l’INP? 

 

Peu d’études sur les matériaux synthétiques, tels que le nylon, ont été réalisées dans le domaine de la conservation-restauration du patrimoine textile. Il s’avère que c’est un type de fibre qui m’intéresse particulièrement puisque leurs dégradations sont à la fois spectaculaires et méconnues.

À ce titre, je souhaitais consacrer mon projet de restauration à l’Institut national du patrimoine (INP) à une pièce de costume réalisée en tissu synthétique. Lorsque je suis allée voir cette fameuse robe de mariée pour la première fois au Palais Galliera, j’ai eu un coup de foudre. Tout de suite, j’ai su que j’avais trouvé l’objet de mémoire idéal : une robe de Madame Grès à la fois intéressante au niveau de sa matérialité et de par son aspect historique. Un projet qui a su m’enthousiasmer et a capté mon attention.

Figure 1 : Officiel de la mode, mars 1960.

Votre travail a également consisté à mener lenquête sur lhistoire de cette robe. Pouvez-vous nous en parler ?

La robe de mariée fait son apparition dans la collection printemps/été 1960 de Madame Grès. Créée en tant que prototype, cette robe a été présentée aux clientes afin d’être reproduite à leur propre taille. La robe présente des caractéristiques typiques de l’oeuvre de Madame Grès, comme son fameux « pli Grès » ou la dimension sculpturale des manches. Les recherches historiques ont aussi révélé qu’il s’agirait de la robe portée par le mannequin américain Dorothy McGowan dans le film satirique de la mode Qui êtes-vous Polly Maggoo ? (1966) de William Klein.

Figure 2 : Le prototype porté par Dorothy McGowan dans le film « Qui êtes-vous Polly Maggoo ? »

Quelles ont été les principales étapes de la restauration ?

Lorsque cette robe de mariée est arrivée à l’Institut national du patrimoine, elle était devenue grise. Elle était également déchirée au bas de la jupe et comportait de nombreuses lacunes dans le bouffant des manches. La première étape de la restauration a ainsi été de nettoyer la pièce. D’abord avec un dépoussiérage minutieux, puis avec un lavage en solution aqueuse. Cette opération a permis d’atténuer la coloration grise. La fibre synthétique du nylon ne réagissant pas comme les fibres naturelles, j’ai étudié la possibilité d’un lavage en collaboration avec le laboratoire de l’INP.

La seconde étape a été de consolider les déchirures et lacunes à l’aide d’un tulle et de fils de soie teints à la couleur de la robe. De nombreuses heures ont été nécessaires afin de trouver très exactement la bonne teinte de gris nécessaire à cette dernière étape.

Figure 3 : la robe en cours de lavage

Quels ont été les défis techniques, peut-être inattendus, auxquels vous avez été confrontée ?

L’étape de consolidation des déchirures et des lacunes s’est avérée plus complexe qu’anticipée. En effet, le tissu de la robe est d’un blanc transparent, à tel point qu’il est parfois impossible de voir exactement ce que je faisais. J’étais capable de voir mon travail lorsque je travaillais sur fond noir, mais selon les zones à restaurer, je me retrouvais parfois dans l’impossibilité d’ajouter un fond sombre. Heureusement, les points de restauration sont enseignés dès la première année à l’Institut national du patrimoine. Cette pratique acquise au courant de ces cinq dernières années m’a permis d’avoir un geste assuré et de savoir exactement ce que je faisais, malgré l’impossibilité de voir le résultat avant de pouvoir observer les zones restaurées sous un angle différent.